Julien Ferrand Séchage solaire du bois & des cultures

Le carnet · Scierie

Scierie

Vendre son bois vert, c'est le brader : le calcul que je refais à chaque scierie

JF
Par Julien Ferrand
Publié le 7 juillet 2026

Il y a un moment qui revient dans presque toutes mes visites de scierie : je m'assois avec le dirigeant, je prends une feuille, et je refais le même calcul. Combien rapporte un mètre cube vendu vert ? Combien rapporterait-il sec ou ressuyé ? Et surtout : qu'est-ce qu'on oublie systématiquement de compter ?

Vendre son bois vert, je comprends pourquoi ça se fait : ça libère le parc, ça rentre de la trésorerie tout de suite, ça évite d'immobiliser le stock. Mais quand on pose les chiffres à plat, la plupart des scieurs réalisent qu'ils bradent une partie de leur travail. Le bois vert, c'est de l'eau vendue au prix du bois — et payée par l'acheteur au tarif du produit le moins fini.

Photo à intégrer — parc à grumes et dosses fraîchement sciées

Le papier que je remplis avec le dirigeant

Je ne prétends pas donner un tarif universel — les prix bougent selon l'essence, la région et le débouché. Mais la structure du raisonnement, elle, est toujours la même. Voici les lignes que je remplis à chaque fois :

  1. Le prix du vert. Ce que vous encaissez aujourd'hui, par mètre cube, en vendant à un négoce ou à une plateforme qui, elle, séchera et revendra plus cher.
  2. Le prix du sec (ou ressuyé). Ce que le même mètre cube vaut une fois descendu au bon taux d'humidité à cœur, prêt pour son usage final. L'écart est réel, et il est encaissé par quelqu'un — la question, c'est par qui.
  3. Le coût de séchage. Ce qu'il vous en coûte pour faire descendre le bois. C'est là qu'un séchoir solaire pèse : l'énergie du séchage vient en grande partie du soleil, pas d'une facture de gaz ou d'électricité.
  4. Le coût du temps. L'immobilisation du stock pendant que le bois sèche. Je le chiffre honnêtement, parce que c'est un vrai poste — mais un séchage maîtrisé le raccourcit et le rend prévisible.

Une fois ces quatre lignes posées, la conversation change de nature. On ne discute plus d'un équipement, on discute d'une marge que la scierie laisse aujourd'hui sur la table.

Un exemple pour rendre ça concret (chiffres illustratifs, à adapter). Imaginons un mètre cube vendu vert à 100. Le même volume, une fois descendu au bon taux d'humidité à cœur, se négocie disons à 150 — parce qu'il est prêt pour son usage final. L'écart, 50, existe bel et bien : aujourd'hui, c'est le négoce ou la plateforme qui l'encaisse à votre place, après vous avoir acheté le vert. La vraie question n'est donc pas « est-ce que sécher rapporte ? », mais « qui ramasse cet écart, vous ou l'intermédiaire ? ». Je le répète : ces chiffres ne sont qu'une illustration de raisonnement, pas un tarif ; on les remplace par les vôtres à la première visite.

Vu sur le terrain. Dans une scierie de résineux, le dirigeant vendait l'essentiel de sa production en vert « parce que le parc était toujours plein ». En reprenant le calcul, j'ai surtout vu que le parc était plein… de bois qui attendait un séchage à l'air libre aléatoire. Le sujet n'était pas la place, c'était la maîtrise du séchage.

La ligne qu'on oublie presque toujours : les connexes

C'est mon passage préféré, parce que c'est là que se cachent les euros invisibles. Une scierie, ça ne produit pas que des plateaux nobles. Ça produit aussi, et en grande quantité, des connexes : dosses, délignures, chutes, sciure, plaquettes, et des sciages déclassés qui ne partiront jamais en bois d'œuvre.

Vendus verts et en vrac, ces connexes partent pour presque rien. Mais séchés sous 20 % d'humidité, une bonne partie bascule vers le bois-énergie de qualité : bûches, bûchettes, plaquettes sèches, combustible propre qui se vend, lui, à un tarif tout autre. Le même tas de dosses n'a pas la même valeur selon qu'il est trempé ou sec.

Et il y a un cercle vertueux que je trouve particulièrement élégant sur une scierie : ces mêmes connexes peuvent aussi alimenter l'appoint biomasse de la version hybride du séchoir. Autrement dit, une partie de la matière que vous bradiez sert à sécher le reste de votre production — le sous-produit du bois chauffe le séchage du bois. On valorise deux fois ce qui partait à la benne : une fois comme combustible vendu sec, une fois comme énergie du séchage.

Prudence sur le bois d'œuvre épais

Je reste honnête : le séchage solaire est particulièrement crédible sur les bûches, les plaquettes et les connexes. Sur du bois d'œuvre structurel épais, avec ses exigences propres de temps et de programme de séchage, je suis plus prudent et je cadre les attentes au cas par cas. Mon rôle, ce n'est pas de tout promettre — c'est de dire où le gain est solide.

Un séchage lent et maîtrisé, pas brusqué

La crainte, chez un scieur, c'est toujours la même : un bois qui sèche trop fort, ça gerce, ça tuile, ça travaille et ça se déprécie. Je le répète parce que c'est fondamental : ce que j'installe fonctionne en séchage lent et maîtrisé, à basse température (de l'ordre de 25 à 40 °C), qui reproduit le comportement de l'air libre en le rendant régulier. On ne cherche pas la vitesse ; on cherche l'homogénéité et la répétabilité, lot après lot.

Et le financement, dans tout ça

Une fois que le calcul de marge tient debout, la question du coût de l'équipement arrive. Le séchoir solaire relève d'un dispositif de Certificats d'économies d'énergie (fiche AGRI-EQ-110) qui peut couvrir jusqu'à 100 % de l'opération standard*. J'en parle sans survendre : c'est un dé-risquage réel, mais encadré, et je préfère toujours partir du résultat économique avant de parler d'aides. Je détaille le raisonnement complet — coût réel et retour sur investissement — dans l'article « combien ça coûte, vraiment », et comment vérifier un dispositif sérieux dans celui sur les arnaques aux CEE.

On refait le calcul pour votre scierie ?

Le plus utile, c'est de le poser sur vos propres volumes et vos propres débouchés. Je regarde ça avec vous, sans engagement.

Vérifier l'éligibilité de votre exploitation Une question ? Je réponds sur WhatsApp : +33 7 60 77 77 31

Pour comprendre le procédé de séchage lui-même, avant de parler chiffres, ce guide sur le séchage solaire le détaille étape par étape.