Julien Ferrand Séchage solaire du bois & des cultures

Le carnet · Terrain

Terrain

Les 3 erreurs que je vois le plus sur le séchage

JF
Par Julien Ferrand
Publié le 7 juillet 2026

À force de tournées, on finit par voir revenir les mêmes trois erreurs, d'un hangar à l'autre, quels que soient l'essence, la région ou la taille de l'exploitation. Aucune n'est une question d'intelligence : ce sont des habitudes de bon sens qui, sur le séchage, se retournent contre celui qui les a. Voici lesquelles, et comment je les corrige sur place.

Je précise d'entrée : je ne les liste pas pour donner des leçons. La plupart des gens que je visite sèchent du bois depuis bien plus longtemps que moi. Mais le séchage a ceci de traître qu'il récompense la patience et punit l'intuition — et l'intuition, sur ces trois points, pousse presque toujours dans le mauvais sens.

Photo à intégrer — bûche fendue, cœur plus humide que la surface

Erreur n°1 — Juger le bois à sa surface

C'est de loin la plus fréquente. On regarde une bûche grisée, on la cogne, ça sonne clair, ça craque un peu : « elle est sèche ». Sauf que l'œil et l'oreille ne mesurent que la périphérie. Le client, lui, ne mesure jamais la surface : il fend la bûche et enfonce les pointes de son humidimètre au cœur. Et une bûche peut être parfaitement ressuyée en surface tout en restant chargée à l'intérieur.

Le taux d'humidité à cœur, c'est le seul chiffre qui compte, parce que c'est le seul que l'acheteur vérifie. Les repères que je rappelle : sous 20 %, on est dans une combustion propre et un bois-énergie de qualité ; sous 23 %, on est dans le seuil de revente légale de la plupart des cahiers des charges ; autour de 35 %, c'est un repoussoir, le bois fume et le client ne revient pas.

Vu sur le terrain. Un producteur me jurait que son lot était « nickel ». On a fendu trois bûches au hasard : surface impeccable, cœur encore largement au-dessus du seuil. Ce n'était pas de la mauvaise foi — c'était l'écart normal entre ce que montre la surface et ce que mesure la pointe. Depuis, il fend systématiquement avant de charger.

La correction : mesurer à cœur, sur plusieurs bûches d'un lot, et viser la régularité autant que le chiffre. Un séchage homogène — que la cellule maintient en faisant passer l'air partout — évite le fond de tas qui reste chargé pendant que le dessus est prêt.

Erreur n°2 — Vouloir sécher trop fort

Celle-là vient d'un réflexe logique : « si je monte la température, je sèche plus vite ». Sur le papier, oui. Sur le bois, c'est la porte ouverte aux gerces, au tuilage et aux déformations. Quand la surface perd son eau bien plus vite que le cœur, elle se rétracte, se tend, et finit par fendre. Le lot séché « fort » se déprécie au lieu de gagner de la valeur.

C'est pour ça que je ne parle jamais de séchage « à toute vitesse ». Ce qu'on cherche, c'est un séchage lent et maîtrisé, qui reproduit le comportement de l'air libre en le rendant régulier. La cellule maintient un air chaud à basse température, de l'ordre de 25 à 40 °C, ventilé de façon homogène. La douceur n'est pas une faiblesse du procédé : c'est précisément ce qui protège le fil du bois et, pour une plante aromatique, ce qui préserve la couleur et les principes actifs.

« Lent », ce n'est pas « long sans fin »

Attention au contresens : maîtrisé ne veut pas dire interminable. On retire quelques points d'humidité par jour, de façon régulière et pilotée, jusqu'à la cible. C'est plus rapide et surtout plus prévisible qu'un air libre à la merci de la météo — sans le risque de brusquer la matière.

Erreur n°3 — Attendre le plein soleil (et négliger le bâtiment)

La troisième erreur est mentale : raisonner en heures d'ensoleillement plutôt qu'en points d'humidité. Beaucoup attendent « la bonne semaine de beau temps » pour sortir un lot, et se retrouvent coincés quand l'été est pourri ou qu'un client commande en janvier. Or sécher, ce n'est pas un sprint sous un grand soleil : c'est faire progresser régulièrement un lot vers sa cible, passer d'un bois vert autour de 45 % vers moins de 20 % sur du brut, jour après jour.

Le corollaire matériel, c'est le bâtiment. Je vois encore des séchages tentés sous des aires ouvertes ou des hangars pleins de courants d'air. Sans enveloppe fermée, on subit l'ambiance extérieure au lieu de la maîtriser : la nuit et par temps humide, le lot reprend l'eau qu'il avait perdue le jour. Un séchoir suppose un hangar fermé pour garder la main sur l'air intérieur — c'est le prérequis que je vérifie avant tout le reste.

La correction : piloter la ventilation pour consolider, jour comme nuit, ce qui a été gagné, et sécuriser les périodes creuses avec un appoint — au besoin un appoint biomasse alimenté par les propres connexes de l'exploitation. Je développe ce point dans l'article sur le séchage quand il n'y a pas de soleil.

Le bonus : parler financement avant résultat

Ce n'est pas une erreur de séchage à proprement parler, mais c'en est une de décision, et elle est aussi coûteuse. Trop de projets démarrent par « il paraît qu'il y a des aides » au lieu de « qu'est-ce que ça me rapporte ». Je fais toujours l'inverse : d'abord le résultat — la marge, la qualité du lot, l'indépendance — ensuite le financement CEE, en dé-risquage. Un dispositif qui vous parle de prime avant de parler de votre exploitation doit vous alerter, comme je l'explique dans l'article sur les arnaques aux CEE.

Vous vous reconnaissez dans l'une d'elles ?

Le plus utile, c'est de regarder votre situation concrète : bâtiment, produit, saison la plus tendue. Cinq minutes pour savoir où vous en êtes vraiment.

Vérifier l'éligibilité de votre exploitation Une question ? Je réponds sur WhatsApp : +33 7 60 77 77 31

Pour le fonctionnement du séchage solaire lui-même, étape par étape, je renvoie vers ce guide sur le séchage solaire.